Zéro déchet : notre vie deux ans après

Quand ce blog a vu le jour, mon foyer en était encore à ses balbutiements en matière de zéro déchet.
La démarche n'était pas encore vraiment "à la mode" et on passait plutôt pour des OVNI dans notre cercle social proche. D'aucuns ont cru que c'était une énième lubie. Je les comprends, on se méfie de tout, à l'époque des handspinners.

30 mois après le lancement officiel de notre famille dans cette aventure particulière, je réalise le chemin parcouru.

Des petits gestes relativement peu contraignants, on peut en faire vraiment plein ! Etre "zéro déchet", ce n'est pas juste aller faire ses courses dans une épicerie de vrac. C'est supprimer le superflu et revenir à des choses simples et saines.

Chez nous, par exemple, on ne trouve plus :

- de bouteilles en plastique (ou presque, seules celles du lait persistent) : nous buvons l'eau du robinet en carafe et l'emportons en gourde, les jus de fruits sont achetées en bouteilles en verre, elles-mêmes rendues au petit producteur les 3/4 du temps. De façon générale, même quand on ne trouve pas de contenant consigné, on privilégie le verre qui sera recyclé à l'infini.

- de cotons tiges : bonjour l'oriculi, cure-oreille utilisable à vie !

- de cotons : débarbouillettes, lingettes et gants lavables sont nos meilleurs amis.

- de protections périodiques : la cup ou coupe menstruelle a élu domicile chez moi depuis 9 ans désormais.

- de déodorant du commerce : on fabrique notre baume et c'est le meilleur déo du monde.

- de rasoir jetable : monsieur et moi avons nos rasoirs papillons, à l'ancienne, dont on change juste la lame.

- de lessive du commerce : vive la lessive maison au savon de Marseille !

- de sopalin : le truc qui me semblait indispensable avec des enfants ! Nos lavettes font l'affaire pour nettoyer les accidents, nous avons aussi les serviettes de tables lavables pour les moustaches après le repas, et ça tourne bien !

- de biscuits industriels : sauf exceptions, les enfants goûtent avec des tartines ou des pâtisseries maison, voire des viennoiseries de la boulangerie du coin.

- de filtres à café / dosettes : nous avons une cafetière italienne

- de sucre blanc, ni en poudre ni en morceau : c'est plus pour un souci de santé que de déchet, mais le seul sucre chez nous est non-raffiné, bio et acheté en vrac.

- de plats cuisinés industriels : on a définitivement exclu ces générateurs de barquettes en plastique hyper bourrés en conservateurs, en sucre, etc... En réalité, l'excuse du gain de temps est bidon : pain, fromage, crudités, soupe de la ferme ou pâtes-sauce tomate sont devenus nos plats de dépannage, tout aussi rapides à préparer qu'une poêlée surgelée.

- de compotes individuelles : on l'achète en bocaux en verre de 800g, on la sert dans un bol ou dans une gourde lavable

- de fromage râpé : on a ressorti la moulinette en métal, comme chez mamie, et on adore !

- de télé : au moins, on résout le problème de l'obsolescence programmée, mais aussi celui de la publicité qui vous pousse à désirer chaque jour quelque chose de nouveau.

La liste est non exhaustive, mais globalement, il a fallu changer un peu nos habitudes et nous privilégions aujourd'hui les petits producteurs et petits commerçants tout proches de la maison, chez qui nous nous pointons, en confiance, avec nos sacs à pain en tissu, nos boîtes en verre et nos bocaux.

Malgré tout, aujourd'hui, nous nous revendiquons de moins en moins du zéro déchet. Nous nous reconnaissons beaucoup plus dans la notion de transition.
Car qu'on se le dise, mettre un pied dans la réduction du volume de nos poubelles nous a entraîné dans un questionnement bien plus global de notre mode de vie. 
Tout, chez nous, a été remis en question : les consommations d'énergie, les déplacements, l'éducation, l'alimentation, l'engagement citoyen... Au fond, le zéro déchet a sans doute été le pas le plus facile à franchir. 

Il y a aujourd'hui quelque chose qui me gène profondément dans le zéro déchet tel qu'on en parle sur le net et les blogs "verts". Le sujet est devenu tellement tendance qu'il est l'objet d'un vrai marketing

Prenons un exemple : j'achète du shampoing solide et du savon en pain pour réduire les emballages. Quel intérêt y a-t-il à essayer des nouveaux produits toutes les semaines et à en acheter bien plus que nécessaire ?
Aujourd'hui, j'ai le sentiment qu'on a plaqué sur le zéro déchet les mêmes dérives consuméristes que ce qu'on lisait sur les blogs avant cela. 
Pour moi, acheter des tas de fringues neuves sous prétexte qu'elles proviennent de marques éthiques n'a rien d'écologique. 

Le zéro déchet et la transition questionnent notre rapport à la consommation et nous amènent, en toute logique, à questionner nos besoins réels, à remettre en question nos usages encore plus que les produits en eux-mêmes.
Pour réduire notre frénésie et notre empreinte sur l'environnement, il sera, à mon sens, impératif de nous orienter vers une logique de modération et de sobriété, ainsi que vers une plus grande mutualisation. Il en va ainsi pour tous les pans de nos vies : les transports, les vêtements, les livres, les meubles, les outils, les appareils... Prêtons, empruntons, mutualisons, réparons, partageons !

Voilà en partie pourquoi je ne cause plus vraiment zéro déchet par ici : je ne serai plus celle qui vous incitera encore et encore à acheter tel produit révolutionnaire. 

Je peux en revanche vous conseiller des ouvrages très enrichissants sur le sujet, à emprunter à la médiathèque la plus proche de chez vous (et à inscrire dans le cahier des suggestions s'ils ne sont pas dans le fonds documentaire) :

- Zéro déchet, de Béa Johnson, incontournable...
- Ze guide, de La famille presque zéro déchet, qui est un ouvrage très documenté mais aussi très illustré et sarcastique, on adore !
- Vers la sobriété heureuse, de Pierre Rabhi
- Savoir revivre, de Jacques Massacrier

Je ne voudrais pas que cet article soit perçu comme si nous nous pensions meilleurs que les autres. Du chemin à parcourir, ô, il nous en reste, soyez rassurés ! 
On ne change pas si facilement ses habitudes dans une société dont les sollicitations sont à l'exact opposé de la sobriété. On galère aussi parfois parce que s'organiser en bossant tous les deux n'est pas facile tous les jours.
Malgré tout, nous avons le sentiment de faire notre part, d'être des colibris qui agissent dans le sens de ce qui leur paraît juste. Mettre notre quotidien en accord avec nos convictions est un travail qui nous tient à cœur. Voir les proches s'y mettre aussi, constater un effet boule de neige depuis que nous en parlons autour de nous, nous laisse espérer que l'humain est peut-être capable de se sortir de la mouise, quand il veut.

Et à tous ceux qui me répondront que ce que nous faisons ne sert à rien, que nous sommes utopistes, je répondrai cette  citation de Milan Kundera :

"Je préfère vivre en optimiste et me tromper que vivre en pessimiste pour la seule satisfaction d'avoir eu raison".

Commentaires

  1. Je partage ce que tu expliques dans cet article, non seulement le zéro déchet est impossible mais ce n'est pas ce qui doit nous guider le plus dans nos achats. Se poser avant tout du besoin de l'achat en lui-même. Je mettais noté de lire Sobriété heureuse de Pierre Rabhi. Quand je lis ton article, je pense que tu es plutôt dans une démarche globale dit de permaculture qu'uniquement zéro déchet.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire