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Affichage des articles du 2018

L'autre cercle des femmes

Mes chéris, vous êtes nés de mon ventre, vous êtes nés d'une fenêtre alors que la plupart passent par la porte. Une petite porte que toutes les mamans ont entre les jambes. Une petite porte qui est, pour certains bébés, ou certaines mamans, un peu dangereuse à franchir. Alors, pour ces petits êtres-là, les médecins ont appris à ouvrir des fenêtres et c'est autrement que les mamans rencontrent leurs bébés. Tout le monde attend ses invités sur le seuil, personne n'est prêt à ce qu'ils frappent au carreau et en enjambent le rebord ! Ça surprend, ça déboussole, ça inquiète même parfois. 

Je suis une maman à césariennes. Je suis une maman qui a cru très longtemps qu'elle ne faisait pas partie du cercle des femmes, qui s'est sentie exclue du lien qui unissait les autres mères, détentrices du savoir des naissances et survivantes de l'ultime rite initiatique.  Je suis une maman à césariennes et longtemps j'ai pensé que j'étais moins valeureuse. Plus faible …

Port d'attache

Allonger le pas le long du bras de canal qui frappe à la porte de mon quartier : tel fut l'objectif de ma dernière promenade dominicale. C'est un bras amputé que cette artère longiligne, miroir vert-brun tremblant, coupé net à l'orée de la ville. Autrefois, le canal courait jusqu'à la gare d'eau, station de réparation des bateaux devenue le repaire des pêcheurs et des couples à poussettes. Car les hommes ont préféré bétonner le lit des flots,  leur plâtrer le radius ou le cubitus, au bénéfice de parkings et d'habitations, reléguant à l'extrême frontière de la cité les géantes embarcations des mariniers, peuple premier du quartier où je vis.

Et 2018...

Quand j'étais encore haute comme trois pommes, entre une partie de Bonne paye et deux habillages de Barbie, je rêvais souvent à l'an 2000, excitée que j'étais à l'idée de fêter mes treize ans au tournant du millénaire. 2018, ça sonnait déjà comme un titre de science-fiction !
Nous y voilà pourtant, mes Barbie botoxées n'ont pas pris une ride et je pratique encore le jeu de société. Même que je n'ai pas arrêté les volcans dans la purée, le craquage des papiers-bulles, ni la dégustation préliminaire de la petite peau sur les crèmes aux œufs, d'ailleurs. Il y a juste deux enfants qui font de même à ma table désormais. 2018 est fraîche et pimpante, déjà elle s'installe pleine de promesses dans la fraîcheur et la grisaille hivernales. "C'est l'angoisse du temps qui passe qui nous fait tant parler du temps qu'il fait", dirait l'écrivain raté du Fabuleux destin d'Amélie Poulain. Mais je crois que le temps c'est un peu du chew…