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Les mots qui font grandir, quelques pistes pour une bienveillance parentale

J'ai eu la chance de pouvoir assister à une conférence du Dr Sophie Benkemoun, de l'Atelier des parents, au cours de l'automne, dans ma ville.

Sophie Benkemoun est médecin généraliste, elle a travaillé dans le milieu de l'éducation et pour la PMI, elle est maman de trois enfants et s'est penchée sur les travaux du Dr Ginott, psychologue américain et figure du mouvement de la Psychologie humaniste. Riche de ces nombreuses expériences, avec son associée Nadège Larcher, psychologue, elle forme des particuliers ainsi que des professionnels de la petite enfance et de l'éducation à la bienveillance éducative.

Je sais que nous entendons tous parler d'éducation bienveillante à toutes les sauces depuis quelques années et que certains parents commencent à en avoir ras-le-bol. 
Il est important de rappeler toutefois qu'être bienveillant envers son enfant ne signifie pas pour autant en faire un enfant roi et le laisser tout faire comme il le souhaite. Ce serait d'ailleurs tout sauf bienveillant, quand on sait à quel point la limite est sécurisante et nécessaire dans la construction psychologique de notre progéniture.
Ce n'est pas tant cette perception erronée de la bienveillance éducative qui a pu générer en moi des préjugés, que le propos parfois culpabilisant (directement ou indirectement) de certains ambassadeurs de cette façon d'élever nos enfants. Car, oui, la culpabilisation est omniprésente dans notre société soi-disant évoluée et tolérante, notamment à l'égard des mamans (et souvent par les mamans, d'ailleurs) : allaitement, voie d'accouchement, matériel de puériculture, silhouette, alimentation... On se targue de savoir grâce à la science ce qui est naturel et ne l'est pas, ce qui est bénéfique et ne l'est pas, ce qui est louable et ne l'est pas... Une vraie compét' de bonnes femmes qui cherchent à tacler les autres pour combler leurs propres failles. Et on l'a toutes fait. Moi la première. Hélas, on oublie trop souvent que la priorité est l'amour. Et que toutes les mamans font de leur mieux. 

Moi, je la kiffe, Sophie Benkemoun, parce que tout cela, elle le dit : le plus important, c'est l'amour, c'est de faire de notre mieux, rien n'est jamais perdu. Elle a en horreur la phrase qui dit que tout se joue avant six ans et clame haut et fort que notre cerveau est malléable toute notre vie : tout ne se joue pas avant six ans, tout se joue avant la mort. C'est sacrément décomplexant et déculpabilisant !
Capture d'écran du site web de l'Atelier des parents

Après cette immense contextualisation, voici une petite restitution de ce que j'ai retenu, avec quelques clés pour mieux communiquer avec vos enfants. Je ne suis ni médecin, ni psychologue, ni prophète, ce qui suit est une synthèse de ce que j'ai compris lors de la conférence. J'espère en retranscrire au mieux l'esprit. A prendre si ça vous plaît, à laisser si ça ne vous parle pas...

1. Ils ne sont pas finis !!!
J'ai appris grâce au Dr Benkemoun que le cerveau humain mettait beaucoup de temps à arriver à maturité.
Notre cerveau est "fini" vers 26-27 ans. Étonnant, hein ? N'attendons donc pas d'un ado de 16 ans qui a un corps apparemment adulte de raisonner comme un adulte... Il n'est pas fini ! (Oui, ça nous a bien fait rire tout au long de la conférence de nous dire que nos enfants n'étaient pas finis, c'est vrai).
Les premiers réflexes des humains en cas de problème sont des automatismes archaïques liés à l'instinct de survie : fuir, s'immobiliser, combattre. (Bizarrement, je pense alors à mon chat. Mon chat qui court subitement, mon chat qui fait le mort, mon chat qui me donne un coup de patte. Et bien les enfants, c'est comme les chats en fait). C'est ce que notre cerveau développe dans un premier temps. La survie.
Il faudra ensuite plusieurs (nombreuses) années pour développer la compréhension de nos émotions et la capacités à analyser nos réactions et à les verbaliser pour modifier nos comportements ! Nos enfants, quand ils sont petits, sont tout bonnement incapables de prendre du recul face à des réactions qui nous paraissent souvent excessives. Non seulement ils sont des éponges (si on crie, ils crient...), mais aussi il leur manque des éléments sur le plan neurologique pour raisonner comme nous adultes.

2. Rez-de-chaussée et premier étage
Nous pouvons symboliser les différents états dans lesquels nous nous trouvons lors de conflits ou d'émotions fortes par une maison qui serait composée d'un rez-de-chaussée et d'un étage. Quand nous vivons l'émotion, brute, nous sommes dans notre rez-de-chaussée. Quand nous nous en détachons pour l'analyser, nous sommes dans notre étage. Nous prenons de la hauteur pour réfléchir.
Ainsi, lors d'une situation où un enfant hurle de colère, inutile d'essayer de le raisonner pendant la crise : nous ne sommes pas au même étage, nous ne pouvons pas nous comprendre ! 

3. Education émotionnelle
Pendant longtemps, les parents ont réagi face aux émotions de leurs enfants en tentant de les faire taire.
"Je ne veux plus t'entendre", "Mais non tu n'as pas peur, ce n'est pas grave", "Un garçon ça ne pleure pas!", "Tu me fatigues, veux-tu bien arrêter ton cinéma ?".
Ces phrases sont des lieux communs éducatifs et nous avons tous eu le réflexe de les prononcer au moins une fois dans notre vie. 
Mais comment bien communiquer avec les autres, comment se faire comprendre et comprendre l'autre si nous avons été habitués de tout temps à faire taire ce qui se passe en nous ? 
Nombreux sont les adultes littéralement handicapés de la communication et mal dans leur peau parce qu'ils ne savent pas exprimer leur ressenti. 
Dire ses émotions, ça s'apprend, et en tant que parent, nous avons un grand rôle à jouer !
Et nous aussi, nous pouvons apprendre ! Ce n'est pas inné... Nous avons tous des bagages plus ou moins encombrants qui nous viennent de notre enfance. 

4. Je suis bienveillant parce que je t'écoute
Je ne sais plus de qui est cette citation mais elle a été prononcée lors de la conférence : 
"Toutes les émotions sont légitimes, tous les comportements ne sont pas acceptables".
J'aime beaucoup cette phrase qui résume parfaitement ce que nous devons enseigner à nos enfants. Ce pourrait aussi être un credo pour nombre d'adultes, non ?
Pour rétablir une communication de qualité avec nos enfants, écoutons les ! Ils ont le droit d'être en colère, d'être tristes, d'être frustrés ! Cela nous arrive aussi à nous adultes ! En revanche, nous devons poser des limites pour leur apprendre que la violence par exemple n'est jamais la solution. 
C'est long, c'est fatiguant, mais la limite est nécessaire. La pédagogie n'est que répétition et patience...

5. L'écoute active et l'empathie
Comment bien écouter nos enfants quand ils ressentent une émotion ? N'oublions pas, ils sont dans leur rez-de-chaussée, à ce moment-là ! Inutile donc de s'épuiser en conseils type "et tu devrais... et moi à ta place...". 
Décrivons plutôt : "Tu as l'air en colère, tu es tout rouge et très énervé" / "Tu pleures ? Tu as l'air très triste et déçu" 
L'enfant se sent alors aimé, compris et écouté.
Ensuite, l'enfant verbalise et se distancie peu à peu de son émotion. Quand il est enfin apaisé, nous pouvons alors l'aider, l'inviter au "premier étage", en lui demandant comment il pourrait faire pour que les choses se passent autrement une prochaine fois.
L'empathie, c'est quoi, au juste ? C'est comprendre l'émotion de l'autre et être un soutien. Ne confondons pas empathie et sympathie, toutefois. Être empathique, ce n'est pas être aussi triste que la personne que l'on souhaite aider, ce n'est pas absorber son émotion (ça c'est la sympathie, "souffrir avec"). Être empathique n'est pas descendre dans le trou avec la personne qui se trouve au fond, c'est plutôt lui tendre une échelle pour l'aider à remonter. L'écoute empathique passe par la description et la compréhension de l'émotion de l'autre, émotion qui reste la sienne, et pas la nôtre.

6. Différencier les actes de la personne
L'estime de soi est longue à construire, mais très facile à détruire. Nos enfants sont convaincus d'être vraiment "vilains" quand on leur martèle qu'ils le sont. Ne visons pas la personne, mais plutôt le problème !
Par exemple :
"Tu es si maladroit ! Tu as encore renversé ton verre!"  peut être vu sous un autre angle : "Le verre est renversé, la table est trempée, il va falloir éponger". (Et puis en soi, est-ce vraiment un drame, un verre renversé ?) 
Cette approche a le mérite de permettre à l'enfant d'être valorisé par la réparation qu'il pourra apporter de lui-même au problème !

7. Parler à nos enfants comme à nos invités
Nous sommes souvent très durs dans nos propos envers nos enfants. Quand nous nous énervons, nous nous acharnons parfois, en proférant des propos que nous n'oserions jamais adresser à des invités, par exemple.
Or, nos enfants sont fragiles, et rappelons-nous qu'ils ne sont PAS FINIS ! Nous, parents, sommes les premiers à devoir les protéger. 

8. Trucs pour parents fatigués
Malgré toutes ces données, votre enfant pique une crise et vous êtes au bord du craquage ? Que faire ?
N'oubliez pas, vous AVEZ LE DROIT d'être à bout de nerfs. Toutes les émotions sont légitimes.
En revanche, hurler sur votre enfant, lui coller une fessée, est-ce bien nécessaire ? Tous les comportements ne sont pas acceptables.
Nous sommes les premiers exemples de nos enfants. Apprendre à nous calmer et à gérer notre émotion est une attitude modèle pour eux. 
Premier truc : je respire lentement et/ou je compte jusqu'à 10.
Deuxième truc : je m'isole, je vais faire pipi, et j'applique le premier truc.
Troisième truc, si ça n'a pas fonctionné : je délègue !!! "Chéri, je n'en peux plus, gère ou j'en jette un par la fenêtre!" (on n'a pas le droit de le faire, mais on a le droit d'y penser)
Truc bonus ajouté par Eulalie : on fait tous une minute de rire. Alors, je vous vois venir : "tu crois vraiment que j'ai envie de rire, là?". Eh bien même si vous n'en avez pas envie, faites semblant ! C'est l'un des principes du yoga du rire : même le rire forcé fait secréter de l'endorphine, l'hormone du bien être, alors pourquoi s'en priver ? 
Enfin, quand tout le monde est détendu, on peut se poser et analyser la situation !!!!

9. PPP : le plus petit pas possible
Il n'est jamais trop tard pour changer un fonctionnement qui ne convient pas. Vous êtes capables de le faire, n'en doutez- pas ! Mais la clé de la réussite, c'est d'y aller lentement. L'humain est fainéant, et il paraît qu'il faut 21 jours pour prendre une habitude, alors allez-y doucement et ne vous découragez pas.

10. Croyez en vous !
Aucun parent normalement constitué ne veut le malheur de son enfant. Alors tout va bien, vous êtes sur la bonne voie ! Ne cherchez pas la perfection, elle est impossible, faites de votre mieux, c'est déjà énorme.

***

J'espère que ce (long) compte-rendu vous aura intéressé(e)s. N'hésitez pas à laisser vos impressions et à me poser vos questions éventuelles. 
Si vous avez l'occasion de croiser l'Atelier des parents, foncez, sans complexe, sans peur du jugement, vous repartirez avec plein de savoirs et d'outils géniaux !



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