Accéder au contenu principal

IMAGO, de Cyril Dion

Imago est typiquement le roman que je n'aurais jamais acheté ni lu s'il n'avait pas été écrit par Cyril Dion. Vous connaissez certainement ce monsieur, il est le cofondateur (avec Pierre Rhabi) du mouvement Colibris et a été rendu particulièrement connu par le succès du documentaire Demain, réalisé en 2015 avec Mélanie Laurent.

La plume de Cyril Dion, nous la connaissions un peu : plus que le film encore, c'est le livre Demain, et après, qui nous a marqués, en apportant au documentaire la force de la trace écrite, par ailleurs, nous avions découvert le Cyril Dion-poète lors du concert du Chant des Colibris à Paris en avril, où il avait déclamé quelques uns de ses textes au fil du spectacle.
C'est sur un autre terrain qu'il nous entraîne avec Imago, son premier roman, paru chez Actes Sud.

Quatrième de couverture :

Parce que son frère s'apprête à commettre en France l'irréparable, Nadr le pacifiste se lance à sa poursuite, quitte la Palestine, franchit les tunnels, passe en Égypte, débarque à Marseille puis suit la trace de Khalil jusqu'à Paris. Se révolter, s'interposer : deux manières d'affronter le même obstacle, se libérer de tout enfermement, accéder à soi-même, entrer en résilience contre le sentiment d'immobilité, d'incarcération, d'irrémédiable injustice. Sous couvert de fiction, ce premier roman est celui d'un homme engagé pour un autre monde, une autre société - un engagement qui passe ici par l'imaginaire pour approcher encore davantage l'une des tragédies les plus durables du XXe siècle.

Une histoire de frères sur fond de conflit Israëlo-Palestinien, a priori, ce n'est pas un sujet qui aurait attisé ma curiosité, je l'avoue. Mais c'est aussi l"un de mes plaisirs dans la lecture que de mettre le nez dans des pages et d'être surprise, happée. 

Pour la parenthèse : un livre est toujours lié au moment où on le lit. Il se trouve que le titre, lui, m'a interpellée. L'imago, c'est le stade final d'un individu qui se développe en plusieurs phases (œuf/larve/imago). Mes questionnements personnels du moment me forcent à constater que je ne suis pas encore devenue imago, c'est ma quête du moment. Voilà qui tombe à point nommé.

Cyril Dion m'a emmené avec ses mots en Palestine, et bien que je n'aie jamais foulé cette région du monde, j'en ai trouvé les descriptions crédibles et percutantes. Mais je ne pense pas me tromper en écrivant que peu importe le lieu, la Palestine ou ailleurs, c'est la relation Nadr/Khalil qui compte, leurs révoltes, leur façon d'envisager l'enfermement et l'engagement.
Le style est de qualité, en témoigne l'incipit, bouleversant. Sans en dire beaucoup plus pour ne pas vous gâcher le plaisir, d'autres histoires s'entremêlent, permettant d'aborder d'autres formes d'enfermement et d'aliénation, d'autres types de combats aussi. L'écologie et le rapport à la société capitaliste versus la nature sont présents en filigrane, certaines références sont transparentes pour un lecteur averti, toutefois c'est amené de façon homéopathique, c'est une toile de fond qui infuse.

J'attendais, je crois, une autre fin. Et si celle qui est écrite m'a d'abord laissé une impression en demi-teinte quand j'ai refermé le livre. Mon avis est plus positif après quelques temps de "digestion" de l'ouvrage.

L'histoire qui y est narrée peut facilement être mise en parallèle avec l'engagement au sens large (qu'il s'agisse d'écologie, d'humanitaire, d'ONG diverses, d'associations). S'engager pour les autres permet d'explorer des horizons nouveaux, d'apporter sa pierre à un édifice, de se sentir utile et d'avoir l'impression d'avoir fait sa part, même si on sait que cela ne suffira sans doute pas, même si on a peu d'espoir sur l'issue finale. On ne tient pas les rênes de la vie des autres, et il faut parfois savoir lâcher prise et accepter de n'avoir pas le contrôle sur tout. Combattre pour un "sauvetage" est un chemin qui mène avant tout à une quête indispensable, la quête de soi.

Je m'attarde un instant sur la couverture (photographie de Bastian Kalous) : je la trouve incroyablement juste. 
Ce jeune homme, torse nu, bras ouverts, n'est pas sans rappeler le Christ sur la croix. Toutefois, lui ne nous fait pas face, il nous tourne le dos et regarde dans la même direction que nous. Il tient son t-shirt dans la main droite, perché sur son poteau, il a pris de la hauteur, libre mais en équilibre, la tête dans un ciel sans nuage, dans une posture victorieuse. L'imago qui se déploie.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

L'autre cercle des femmes

Mes chéris, vous êtes nés de mon ventre, vous êtes nés d'une fenêtre alors que la plupart passent par la porte. Une petite porte que toutes les mamans ont entre les jambes. Une petite porte qui est, pour certains bébés, ou certaines mamans, un peu dangereuse à franchir. Alors, pour ces petits êtres-là, les médecins ont appris à ouvrir des fenêtres et c'est autrement que les mamans rencontrent leurs bébés. Tout le monde attend ses invités sur le seuil, personne n'est prêt à ce qu'ils frappent au carreau et en enjambent le rebord ! Ça surprend, ça déboussole, ça inquiète même parfois. 

Je suis une maman à césariennes. Je suis une maman qui a cru très longtemps qu'elle ne faisait pas partie du cercle des femmes, qui s'est sentie exclue du lien qui unissait les autres mères, détentrices du savoir des naissances et survivantes de l'ultime rite initiatique.  Je suis une maman à césariennes et longtemps j'ai pensé que j'étais moins valeureuse. Plus faible …

Yoga à la maison (et en famille)

J'ai pratiqué le yoga en club pendant une année et demi, c'était il y a six-sept ans environ dans le cadre d'un cours collectif. La moyenne d'âge des adhérents frôlait la soixantaine, la logique du cours était à mille lieues de la compétition ou du challenge, au contraire, j'y ai appris le respect du rythme de chacun, la lenteur et l'écoute de soi comme condition sine qua non de l'efficacité. 
Le yoga, un sport ?
Pour certains, le yoga n'est pas un sport, il paraît trop mou, trop lent, pas assez tonique. Pour moi, c'est sans conteste un sport, une discipline. Une discipline de l'être : une discipline du corps et de l'esprit qui ne font qu'un.  En yoga, on ne force pas. Et c'est peut-être là la difficulté ! La base de la pratique, c'est le souffle : il guide les mouvements, porte l'énergie. Se concentrer sur son souffle est par ailleurs un bon vecteur de pleine conscience, un moyen de se recentrer sur le présent, sur le mouvem…

Brosses à dents & zéro déchet

Ma brosse à dents en plastique avait rendu l'âme : c'était le moment d'en acquérir une nouvelle, et tant qu'à faire, en limitant au maximum les déchets liés à cet achat. 
Dans mon supermarché bio, il y en avait bien, mais avec des têtes en plastique, un emballage qui irait tout droit aux ordures, bref, je n'étais pas... emballée. J'ai donc fait une petite recherche sur le net, Google est mon ami. Et j'ai fini par trouver mon bonheur : des brosses tout en bois, compostables une fois les poils de nylon arrachés. Ces brosses sont vendues par la marque Hydrophil, et cette marque, elle me plaît vachement : c'est une entreprise allemande engagée écologiquement, qui propose des produits vegan et à faible impact environnemental. 
Quand j'ai reçu mon petit colis, j'ai également apprécié que les emballages ne contiennent pas de plastique. Tout est entouré de fin papier et de carton, le tout envoyé dans une enveloppe carton. Bref, à part l'étiquette d…