mardi 29 août 2017

IMAGO, de Cyril Dion

Imago est typiquement le roman que je n'aurais jamais acheté ni lu s'il n'avait pas été écrit par Cyril Dion. Vous connaissez certainement ce monsieur, il est le cofondateur (avec Pierre Rhabi) du mouvement Colibris et a été rendu particulièrement connu par le succès du documentaire Demain, réalisé en 2015 avec Mélanie Laurent.

La plume de Cyril Dion, nous la connaissions un peu : plus que le film encore, c'est le livre Demain, et après, qui nous a marqués, en apportant au documentaire la force de la trace écrite, par ailleurs, nous avions découvert le Cyril Dion-poète lors du concert du Chant des Colibris à Paris en avril, où il avait déclamé quelques uns de ses textes au fil du spectacle.
C'est sur un autre terrain qu'il nous entraîne avec Imago, son premier roman, paru chez Actes Sud.

Quatrième de couverture :

Parce que son frère s'apprête à commettre en France l'irréparable, Nadr le pacifiste se lance à sa poursuite, quitte la Palestine, franchit les tunnels, passe en Égypte, débarque à Marseille puis suit la trace de Khalil jusqu'à Paris. Se révolter, s'interposer : deux manières d'affronter le même obstacle, se libérer de tout enfermement, accéder à soi-même, entrer en résilience contre le sentiment d'immobilité, d'incarcération, d'irrémédiable injustice. Sous couvert de fiction, ce premier roman est celui d'un homme engagé pour un autre monde, une autre société - un engagement qui passe ici par l'imaginaire pour approcher encore davantage l'une des tragédies les plus durables du XXe siècle.

Une histoire de frères sur fond de conflit Israëlo-Palestinien, a priori, ce n'est pas un sujet qui aurait attisé ma curiosité, je l'avoue. Mais c'est aussi l"un de mes plaisirs dans la lecture que de mettre le nez dans des pages et d'être surprise, happée. 

Pour la parenthèse : un livre est toujours lié au moment où on le lit. Il se trouve que le titre, lui, m'a interpellée. L'imago, c'est le stade final d'un individu qui se développe en plusieurs phases (œuf/larve/imago). Mes questionnements personnels du moment me forcent à constater que je ne suis pas encore devenue imago, c'est ma quête du moment. Voilà qui tombe à point nommé.

Cyril Dion m'a emmené avec ses mots en Palestine, et bien que je n'aie jamais foulé cette région du monde, j'en ai trouvé les descriptions crédibles et percutantes. Mais je ne pense pas me tromper en écrivant que peu importe le lieu, la Palestine ou ailleurs, c'est la relation Nadr/Khalil qui compte, leurs révoltes, leur façon d'envisager l'enfermement et l'engagement.
Le style est de qualité, en témoigne l'incipit, bouleversant. Sans en dire beaucoup plus pour ne pas vous gâcher le plaisir, d'autres histoires s'entremêlent, permettant d'aborder d'autres formes d'enfermement et d'aliénation, d'autres types de combats aussi. L'écologie et le rapport à la société capitaliste versus la nature sont présents en filigrane, certaines références sont transparentes pour un lecteur averti, toutefois c'est amené de façon homéopathique, c'est une toile de fond qui infuse.

J'attendais, je crois, une autre fin. Et si celle qui est écrite m'a d'abord laissé une impression en demi-teinte quand j'ai refermé le livre. Mon avis est plus positif après quelques temps de "digestion" de l'ouvrage.

L'histoire qui y est narrée peut facilement être mise en parallèle avec l'engagement au sens large (qu'il s'agisse d'écologie, d'humanitaire, d'ONG diverses, d'associations). S'engager pour les autres permet d'explorer des horizons nouveaux, d'apporter sa pierre à un édifice, de se sentir utile et d'avoir l'impression d'avoir fait sa part, même si on sait que cela ne suffira sans doute pas, même si on a peu d'espoir sur l'issue finale. On ne tient pas les rênes de la vie des autres, et il faut parfois savoir lâcher prise et accepter de n'avoir pas le contrôle sur tout. Combattre pour un "sauvetage" est un chemin qui mène avant tout à une quête indispensable, la quête de soi.

Je m'attarde un instant sur la couverture (photographie de Bastian Kalous) : je la trouve incroyablement juste. 
Ce jeune homme, torse nu, bras ouverts, n'est pas sans rappeler le Christ sur la croix. Toutefois, lui ne nous fait pas face, il nous tourne le dos et regarde dans la même direction que nous. Il tient son t-shirt dans la main droite, perché sur son poteau, il a pris de la hauteur, libre mais en équilibre, la tête dans un ciel sans nuage, dans une posture victorieuse. L'imago qui se déploie.

vendredi 18 août 2017

Des mots sur les maux...et les sourires !

Il est un bagage qui, je crois, a longtemps été oublié sur le quai des apprentissages dispensés aux enfants. Reconnaître ses émotions, faire l'effort de les nommer, n'est pas chose aisée, et n'est certainement pas chose innée. 

Longtemps on a attendu des enfants qu'ils se plient à l'autorité des adultes en ne prenant pas en compte leurs émotions. Encore aujourd'hui, la société a tendance à brandir à tout bout de champ des mots comme "caprice", par habitude peut-être, par facilité sans doute. Sois sage, et tais toi. Je ne veux plus t'entendre. 
Combien d'adultes sont encore incapables d'exprimer leur ressenti, parce que la seule chose qu'ils aient apprise, c'est à l'étouffer ? Combien cumulent les maux de dos, de tête, sans même faire le lien avec une colère ou un ras-le-bol qu'ils ne savent pas verbaliser ? Les émotions finissent toujours par sortir, et si ce n'est par les mots, elles le font souvent par les maux...
Quand on y réfléchit, c'est un peu violent de tenter de faire taire, sans même essayer de les comprendre, la colère ou la tristesse d'un bambin - si tant est qu'on ait déjà fait l'effort de décrypter ces émotions. Un enfant en bas âge n'a tout bonnement pas la capacité de prendre le recul que nous, adultes, pouvons avoir sur ce que nous ressentons. C'est donc notre rôle, en tant que parents, en tant qu'enseignants, en tant qu'oncles, tantes, grands-parents, bref, en tant que grandes personnes, d'accompagner les plus jeunes dans ce cheminement indispensable à une communication de qualité, à un relationnel plus sain. 
(La Couleur des émotions, Annallenas)

Et puis, ne l'oublions pas, les émotions ne sont pas que peine et colère, ce sont aussi la joie, la sérénité, l'amour... Apprendre à voir quand tout va bien, quand l'enthousiasme et le bonheur inondent notre cœur, ça s'apprend AUSSI ! Et c'est peut-être encore plus difficile de pointer le positif alors que la société met beaucoup en oeuvre, notamment via les médias, pour montrer du doigts les problèmes et susciter de l'indignation.

Je partage avec vous aujourd'hui un album que je trouve extrêmement bien fait pour aborder cette question des émotions avec les enfants : La Couleur des émotions, d'Annallenas, aux Editions Quatre Fleuve.

 "Le monstre des couleurs se sent tout barbouillé, aujourd'hui. Ses émotions sont sens dessus dessous ! Il ne comprend pas ce qui lui arrive. Réussira-t-il à mettre de l'ordre dans son cœur et à retrouver son équilibre ?"


Mes 5 et 3 ans ont vraiment adoré !

Côté parents, je trouve l'ouvrage assez riche en vocabulaire bien qu'il soit assez bref. Le graphisme est de ceux que j'apprécie particulièrement : les illustrations sont des photographies de montages en papier, avec un style un peu "gribouillage" qui me plaît bien.
La façon imagée de trier les émotions par couleur pour les placer dans des bocaux étiquetés est visuellement forte et permet une invocation dans les situations du quotidien.
"Tu vois, là, tu cries, tu fais une crise de rage. Est-ce que tu te sens comme le monstre tout rouge ? ".

On peut très bien imaginer aussi faire le bilan d'une journée un peu mouvementée avec les enfants, et trier les bons moments des moins bons, mettre des couleurs sur certains événements, etc.

Un bel album à offrir et à se faire offrir, pour accompagner nos petits loups au quotidien !

mercredi 16 août 2017

Quatre rythmes dans un shaker

Seize août, huit heures douze, monsieur enfile sa veste et empoigne sa serviette : il attaque sa rentrée après un mois de vacances en famille.
Encore deux semaines et deux jours pour moi. Cela me semble proche et loin à la fois. Mais c'est désormais palpable : nous nous mettons en marche vers la reprise et la polyphonie des "tu as passé de bonnes vacances ?".
La réponse sera oui. 
Oui, parce que ces cinq semaines à quatre sont une soupape dans un quotidien réglé comme du papier à musique.
Oui, parce que nous avons pris notre dose de soleil, de visites, de piscine, de nature.
Oui, parce que nous avons pris du temps pour faire avancer des projets qui nous tiennent à cœur. 

Pourtant, comme chaque année, cette période de relâchement estival a commencé par une sacrée cacophonie ! La première semaine en famille est chez nous un cocktail explosif. Deux parents fatigués, deux enfant fatigués ET surexcités, et quatre rythmes différents qu'on secoue dans un shaker ! 
Entre la maman qui a envie d'entreprendre tout ce qui est resté en stand by pendant l'année, le papa qui a envie de larver pour relâcher la pression, le garçon qui réclame tous les jours une sortie à la piscine et douze histoires dès six heures du matin et la fille qui traîne le soir, fait des grasses mat', hurle ses mécontentements et veut tout le temps manger, nous essayons d'accorder les violons, en lâchant parfois un "vivement que je reprenne le boulot".

Et puis chacun reprend sa place en s'ajustant un peu aux autres. Les grands se mettent à hauteur des petits - et il faut bien souvent s'élever plutôt que se baisser - et les petits, même s'ils testent avec vigueur les limites tracées, assaillent les grands de leur envie de partager : du temps, des jeux, des rires, et des morceaux de fromage.
Alors enfin, nous nous laissons bercer au rythme des remous, espérant que septembre ne précipitera pas trop sa venue.

mardi 15 août 2017

Réouvrir les volets

J'avais fermé la porte à double tour au courant du printemps.

J'avais simplement besoin de prendre un peu de recul vis à vis de cet espace où je vous livre des parts de moi, avant de décider si je le fermais ou si je lui donnais un petit coup de frais pour repartir sur de nouvelles bases.

J'ai retenu la deuxième option. Avec le risque d'être tombée aux oubliettes et d'avoir perdu les quelques lecteurs et lectrices qui passaient par ici. 


Qu'importe, je sais qu'écrire est pour moi nécessaire et qu'en partageant ici des bribes de vie, j'ai toujours pris du recul sur les situations et recueilli vos petits mots et conseils avec délectation.

Alors, j'ai changé la pancarte sur la porte d'entrée, brouillé deux trois pistes et, enfin, j'ai réouvert les volets. Il y a un peu de poussière sur les meubles, mais je prends plaisir à redécouvrir les lieux sous une lumière nouvelle. Tout autour, les projets ont poussé comme des herbes folles et m'ont un peu fait évoluer, je crois. 
C'est avec joie que je vous accueille à nouveau chez moi !

lundi 27 février 2017

Yoga à la maison (et en famille)


J'ai pratiqué le yoga en club pendant une année et demi, c'était il y a six-sept ans environ dans le cadre d'un cours collectif. La moyenne d'âge des adhérents frôlait la soixantaine, la logique du cours était à mille lieues de la compétition ou du challenge, au contraire, j'y ai appris le respect du rythme de chacun, la lenteur et l'écoute de soi comme condition sine qua non de l'efficacité. 

Le yoga, un sport ?

Pour certains, le yoga n'est pas un sport, il paraît trop mou, trop lent, pas assez tonique. Pour moi, c'est sans conteste un sport, une discipline. Une discipline de l'être : une discipline du corps et de l'esprit qui ne font qu'un. 
En yoga, on ne force pas. Et c'est peut-être là la difficulté ! La base de la pratique, c'est le souffle : il guide les mouvements, porte l'énergie. Se concentrer sur son souffle est par ailleurs un bon vecteur de pleine conscience, un moyen de se recentrer sur le présent, sur le mouvement qu'on est en train d'effectuer. En yoga, comme en méditation d'ailleurs, il faut savoir être observateur. Accueillir les sensations, sans jugement.

mardi 7 février 2017

Trente-huit

Trente-huit.
C'est le nombre de jours que 2017 a déjà égrenés.  C'est un peu fou, non ?

Janvier est un mois particulièrement éprouvant pour moi, sur le plan professionnel : un calendrier over-booké, des déplacement qui amputent plusieurs journées des moments habituellement consacrés aux enfants, des jours encore très courts où l'on peine à voir la lumière du soleil, beaucoup de froid, de la pluie, les lèvres gercées et la peau craquelée. Un buisson d'épines et de givre dont je me tire avec peine.
Février arrive alors et je respire un grand coup. Les tensions, les déceptions, la pression, les pensées toxiques ruminées, le grain donné à moudre aux mauvaises personnes, les broutilles qui parasitent les bonnes ententes, les listes que je dresse dans ma tête pour ne rien oublier, les détails techniques à soigner dans un élan chronophage, tout peut enfin s'évaporer en une grande expiration.
Hey, salut février !

Je pourrais lister tout ce que je ne vous ai pas raconté, et qui a pourtant été déterminant ces trente-huit matins. 
L'Hirondelle qui va désormais à l'école, le cœur gonflé d'enthousiasme et le sourire jusqu'aux oreilles de courir avec les copains.
Le Crapaud qui nous assaille de questions existentielles et qui est chaque jour un défi lancé à notre patience, une boule d'émotions qui peinent à se nommer et qu'il nous faut décrypter.
Par exemple.
Les lectures qui portent. Mathieu Ricard, Catherine Guégen, Cyril Dion. Entre autres. Aussi.

Il y a aussi chez nous depuis plusieurs semaines un formidable bouillon d'envies et de projets, tant sur le plan culturel que sur le plan citoyen, et j'espère sincèrement que nous arriverons à mettre tout cela sur pied. Nous avons passé un point de bascule et sommes, il me semble, en train de nous constituer un nouveau réseau de connaissances, outre notre noyau d'amis infaillibles, un réseau riche en personnes enthousiastes, enrichissantes, intéressantes, et surtout positives. Notre quotidien, depuis 2015, a pris un virage. Mais 2017 sera déterminante, je crois. 

Trois cent vingt-sept.
C'est le nombre de réveils que nous promet encore l'année. Trois cent vingt-sept occasions d'être un peu meilleurs. Trois cent vingt-sept pas en avant.

lundi 2 janvier 2017

Pointes au crochet : le granny XXL

Noël est toujours une occasion pour laquelle j'aime coudre ou tricoter des cadeaux faits-maison
Cette année, encore plus que les autres, je n'ai pas renoncé à cette envie. 
J'ai la chance d'avoir encore mes deux grands-mères, et j'ai eu très très envie de leur faire plaisir, presque même de leur rendre hommage, car je sais bien comme elles pensent à moi quand elles retrouvent dans leur grenier des coupons de tissu, des pelotes de laine... C'est d'ailleurs ma mamie qui m'a initiée à la couture et j'ai pris beaucoup de plaisir dans cette transmission inter-générationnelle. 

Cette année, donc, j'ai mis à profit nos vacances pour crocheter deux châles (ou pointes). Je me suis mise au crochet l'année dernière mais y ai vraiment consacré du temps depuis l'été dernier. Monsieur s'y est mis aussi d'ailleurs et nous faisons à nous deux une bonne paire de granny addicts !